Pas de politique sans philosophie

Hier, à Caen, Jean-Luc Mélenchon a invoqué le Discours de la méthode de Descartes, fondateur de la modernité, pour nous inviter à exercer notre liberté de « faire l’Histoire », liberté qui, comme chez Descartes, est organiquement articulée au « principe responsabilité » (Hans Jonas).

« Voilà le pari de l’humanisme : les êtres humains sont constructeurs de leur propre histoire. Puisque vous n’êtes libres que de votre pensée, et puisque c’est la seule chose que vous possédez absolument, allez voter pour ce que vous pensez bon pour votre patrie ! » (J.-L. Mélenchon, Caen, le 8 juin 2022)

Jean-Luc Mélenchon au meeting de Caen.

Pour le dire simplement, j’aime cette façon d’animer l’engagement politique par la pensée philosophique la plus vivante. Je la considère même comme nécessaire.

La profondeur philosophique de tous les grands discours de Jean-Luc Mélenchon, lequel s’inscrit dans la tradition revendiquée des Hugo et Jaurès, pour ne citer qu’eux, est, pour moi, un encouragement essentiel à mon propre engagement politique.

A titre personnel, parmi de nombreux textes, voici, ci-dessous, trois traces de ma façon d’inscrire, depuis près de quarante ans, mon action associative, syndicale et politique dans ma lecture passionnée des historiens, sociologues, anthropologues et philosophes :

Réparer le monde !

En conclusion de son testamentaire « Vérités d’hier, Résistances d’aujourd’hui » (2014), Stéphane Hessel indiquait que l’écologie était devenue le « nouveau combat « . Mais il n’a jamais cessé, aussi, d’appeler à l’accueil des étrangers, au progrès social, à la solidarité, à la démocratie… Les lignes de fond de la réparation du monde étaient ainsi clairement tracées…

Une philosophie forestière

« Ré-enchanter l’humanité », tel est l’objectif de cet ouvrage. Car aujourd’hui, l’humanité a « sans doute atteint la limite de son expansion matérielle et de sa croissance mécanique. Une nouvelle alliance est nécessaire entre les hommes et le monde vivant. (…) Le geste de l’homme marque son environnement d’une empreinte de plus en plus profonde, surtout depuis que la Révolution industrielle lui a donné une grande puissance. (…) Une civilisation meurt, étouffée par l’entassement des marchandises et par overdose de pulsions sans désir. » (…)

Le « marcher droit » en forêt de Descartes (issu du Discours de la Méthode) nous renvoie à l’exigence de maîtrise de nous-mêmes, donc à notre responsabilité vis-à-vis de l’humanité. Le passage en forêt nous encourage à prendre religieusement conscience de notre puissance démesurée et de notre responsabilité conséquente vis-à-vis des créatures qui peuplent la nature.

L’invincible espoir

Amis, écoutez maintenant ces paroles de Léon Blum, écrites en 1944, à Buchenwald, dans une situation désespérée :

« L’homme n’a pas deux âmes différentes, l’une pour chanter et pour chercher, l’autre pour agir ; l’une pour sentir la beauté et comprendre la vérité, l’autre pour sentir la fraternité et comprendre la justice. Quiconque envisage cette perspective se sent animé d’un invincible espoir. Que l’homme contemple le but, qu’il se fie à son destin, qu’il ne craigne pas d’user sa force. Quand l’homme se trouble et se décourage, il n’a qu’à penser à l’Humanité. »

Ce sont les dernières lignes de son livre testament, A l’échelle humaine, publié par Gallimard en avril 1945.

Avait-il alors en mémoire l’adresse célèbre de Jean Jaurès à la jeunesse, prononcée au lycée d’Albi, dans le Tarn, le 30 juillet 1903 ?

« Oui, les hommes qui ont confiance en l’homme (…) affirment, avec une certitude qui ne fléchit pas, qu’il vaut la peine de penser et d’agir, que l’effort humain vers la clarté et le droit n’est jamais perdu. (…) Et ils affirment, avec une certitude qui ne fléchit pas, qu’il vaut la peine de penser et d’agir, que l’effort humain vers la clarté et le droit n’est jamais perdu. L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir. L’Histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir. »

Grâce aux meilleurs travaux historiques sur Léon Blum, nous savons aujourd’hui qu’il fut perpétuellement jauressien. « Dans le sillage de l’Affaire Dreyfus, Blum s’est rapproché de Jaurès, jusqu’à devenir l’un de ses plus proches amis et pour beaucoup son héritier », résume ainsi l’historien Milo Lévy-Bruhl. Car c’est bien dans le combat dreyfusard qu’il rencontre Jean Jaurès et s’engage ensuite, à ses côtés, dans l’unification du Parti socialiste et la création du journal L’Humanité. C’est l’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, qui génère l’entrée en politique de Léon Blum, laquelle se confirme à l’occasion d’un retentissant discours d’hommage prononcé le 31 juillet 1917. Je cite :  « Pour Jaurès, le socialisme est vraiment le terme, la somme, le point d’aboutissement, le point d’héritage de la vie, de la pensée, du savoir humain, de toutes les beautés, de toutes les richesses, de toutes les vertus, de toutes les civilisations qu’a engendrées l’humanité depuis le commencement des âges… » Et c’est le 1er août 1945, enfin, qu’il prononce, à la Sorbonne, son tout premier discours « dans Paris libéré », en commémoration de Jean Jaurès.

Antoine Peillon

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